Pression artérielle en anesthésie : un pilier du monitoring, et un rôle clé pour les ASV

La pression artérielle (PA) est l’un des paramètres les plus importants à surveiller en anesthésie. Elle reflète la perfusion des organes vitaux — cerveau, reins, cœur — et permet de détecter rapidement une hypotension, complication fréquente sous anesthésie générale.

Pour les ASV, comprendre les méthodes de mesure, les valeurs attendues et les limites des appareils est essentiel pour assurer une anesthésie sécurisée.


Pourquoi surveiller la pression artérielle ?

Sous anesthésie, la majorité des agents provoquent une vasodilatation et/ou une diminution du débit cardiaque, entraînant une baisse de la pression artérielle.
Une hypotension prolongée peut mener à :

  • hypoperfusion rénale
  • baisse de la perfusion cérébrale
  • retard de réveil
  • complications cardiaques
  • troubles digestifs ou pancréatiques

La surveillance régulière permet d’intervenir avant que la perfusion tissulaire ne soit compromise.


Systolique, Diastolique, Moyenne : késako ?

Avant de parler de valeurs, un rappel essentiel :

PAS — Pression Artérielle Systolique

C’est la pression maximale dans les artères, au moment où le cœur, plus précisément les ventricules, se contracte (la systole).
→ Elle reflète la force d’éjection du cœur.

PAD — Pression Artérielle Diastolique

C’est la pression minimale, lorsque le cœur se relâche entre deux battements (la diastole).
→ Elle reflète le tonus vasculaire et la résistance périphérique.

PAM — Pression Artérielle Moyenne (MAP)

C’est la pression moyenne réellement perçue par les organes.
→ C’est le paramètre le plus important pour la perfusion tissulaire.

Les valeurs attendues en anesthésie (chien & chat)

Pression artérielle systolique (PAS)

  • Normal : 120–160 mmHg
  • Zone d’alerte : < 90 mmHg

Pression artérielle moyenne (PAM / MAP)

Le paramètre le plus important pour la perfusion.

  • Objectif minimal : ≥ 60 mmHg
  • Idéal : 65–80 mmHg

Pression artérielle diastolique (PAD)

  • Normal : 60–100 mmHg

En dessous de 60 mmHg de PAM, la perfusion rénale et cérébrale est compromise.


Les différentes méthodes de mesure

Il existe plusieurs méthodes pour mesurer la pression artérielle. Les plus répandue étant les méthodes non invasives telles que le doppler ou l’oscillomètre.

Doppler (méthode recommandée chez le chat)

✔️ Avantages

  • Très fiable pour la PAS
  • Fonctionne bien chez les petits animaux
  • Idéal en cas d’hypotension
  • Très réactif aux variations

Limites

  • Ne donne pas la PAM
  • Demande un peu de pratique
  • Sensible au positionnement de la sonde

Prendre une pression au Doppler : les gestes techniques essentiels

Pour obtenir une mesure fiable au Doppler, tout commence par une bonne installation du patient. Il doit être positionné confortablement, avec le membre choisi bien dégagé et idéalement aligné avec le niveau du cœur afin d’éviter les erreurs. Une fois le site sélectionné, on choisit un brassard adapté : sa largeur doit représenter environ 40 % de la circonférence du membre. Le brassard est placé en position proximale, ajusté mais sans compression excessive.

La zone où sera posée la sonde Doppler est ensuite préparée. On rase une petite surface pour éliminer les poils qui perturbent la transmission du signal, puis on applique une noisette de gel conducteur. Ce gel est indispensable : sans lui, le cristal ne captera pas correctement le flux sanguin.

La sonde est alors positionnée délicatement au-dessus de l’artère, dans l’axe du flux. On ajuste légèrement son orientation jusqu’à entendre un signal clair et régulier. Cela ressemble un « woosh woosh » Une fois le son trouvé, il est essentiel de maintenir la sonde parfaitement immobile.

Lorsque le son est stable, on gonfle le brassard préalablement connecté à un manomètre jusqu’à ce que le signal disparaisse complètement, généralement quelques dizaines de millimètres de mercure au-dessus de la pression attendue. Puis on dégonfle lentement, de manière progressive et régulière. La première réapparition du son « woosh » correspond à la pression artérielle systolique (PAS). Il ne reste plus qu’à noter la valeur, le site de mesure et la taille du brassard, et à répéter la mesure si le signal semblait instable ou si la valeur paraît incohérente avec l’état clinique du patient.

Oscillométrique

✔️ Avantages

  • Donne PAS, PAM, PAD
  • Automatique, pratique pour les chirurgies longues
  • Permet un suivi continu

Limites

  • Peu fiable chez les petits patients (< 5 kg)
  • Peu fiable en cas d’hypotension, arythmie, mouvements
  • Peut donner des valeurs fantaisistes si le brassard est mal positionné

Ces deux types des mesures, dites non invasives nécessitent l’utilisation d’un brassard. Dans le cas du doppler, le brassard est relié à un manomètre en millièmètres de Mercure (mmHg), alors que pour l’oscillométrique, le brassard est relié à une machine. Ces brassards méritent dans les deux cas une attention particulière.

Choisir la bonne taille de brassard : la règle des 40 %

Le brassard doit mesurer :

Largeur = 40 % de la circonférence du membre

(entre 35 et 45 % selon les sources)

Erreurs fréquentes avec le brassard (et comment les corriger)

Brassard trop petit

Surestime la pression
✔️ Solution : prendre la taille au-dessus

Brassard trop grand

Sous‑estime la pression
✔️ Solution : prendre la taille en dessous

Brassard placé trop bas par rapport au coeur

→ Pression plus basse
✔️ Coucher le patient

Brassard placé trop haut par rapport au coeur

→ Pression plus élevée
✔️ Redescendre le brassard, le membre

Brassard mal ajusté, scotché

→ Valeurs instables
✔️ Ajuster pour qu’il soit fermé mais pas compressif

Sites de mesure recommandés

Doppler

  • Artère coccygienne (queue)
  • Artère métacarpienne
  • Artère métatarsienne

Oscillométrique

  • Avant-bras (radius/ulna)
  • Queue
  • Tibia
  • Langue !

L’important : choisir un membre bien perfusé, non compressé, non plié.


Pression invasive — la référence absolue

La pression invasive consiste à placer un cathéter artériel (souvent artère dorsale du pied) relié à un transducteur.

✔️ Avantages

  • Mesure directe, continue et extrêmement précise
  • Indispensable en anesthésie lourde, choc, chirurgie thoracique ou cardiaque

Limites

  • Technique invasive
  • Réservée aux blocs équipés et aux patients critiques

Ça existe, c’est la référence, mais ce n’est pas la méthode de routine.


Comment interpréter une hypotension ?

  1. Vérifier le matériel
  2. Vérifier le brassard
  3. Vérifier la profondeur anesthésique
  4. Évaluer la perfusion (muqueuses, CRT, pouls)
  5. Ajuster, en accord avec le vétérinaire :
    • diminuer l’anesthésique
    • fluidothérapie
    • analgésie
    • vasopresseurs

Conclusion

La surveillance de la pression artérielle est un élément central du monitoring anesthésique.
Doppler, oscillométrique ou invasive : chaque méthode a ses forces et ses limites.

Grâce à leur vigilance, leur maîtrise du matériel et leur capacité à interpréter les valeurs, les ASV jouent un rôle déterminant dans la prévention de l’hypotension et la sécurité du patient.


FAQ — Pression artérielle (Doppler & Oscillométrique)

1. Quelle est la valeur la plus importante en anesthésie ?

La PAM (pression moyenne), qui doit rester ≥ 60 mmHg.

2. Quand utiliser le Doppler plutôt que l’oscillométrique ?

Chez les petits animaux, en cas d’hypotension, d’arythmie ou de mauvaise perfusion.

3. Comment choisir la taille du brassard ?

La largeur doit représenter 40 % de la circonférence du membre.

4. Pourquoi les valeurs peuvent-elles être incohérentes ?

Brassard mal placé, taille incorrecte, membre non aligné avec le cœur, mouvements.

5. La pression invasive est-elle utilisée en routine ?

Non, elle est réservée aux patients critiques ou aux blocs spécialisés.


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *